Parler de Noël dans la Quinzaine de décembre, ça semble d’un classicisme sans nom, et cela témoigne d’un manque flagrant d’inspiration. Ce serait oublier qu’à l’heure où sera publiée cette chronique, la crise sanitaire de la Covid-19 aura profondément modifié ce que nous considérions comme acquis et immuable, comme le droit de nous déplacer librement, de pouvoir profiter d’une boisson en terrasse, et, bien évidemment, de fêter Noël en famille. Pour empêcher le peuple français de célébrer Noël comme il l’entend, il faut qu’une crise internationale le justifie, comme une pandémie à l’échelle planétaire… Ou une guerre mondiale.  

Nous sommes le 25 décembre 1914 à Ypres, sur le front Belge. Les affres d’une guerre qui s’enlise et dont on a sous-estimé la folie meurtrière a laissé peu de place à l’humanité. D’un côté des soldats anglaisde l’autre, des Allemands. Ces hommes qui ne se connaissent pas, cessent mutuellement le feu pour réveillonner. Les Allemands décorent leurs tranchées pour Noël avec des petits sapins et des guirlandes. Ils entonnent Stille Nachtle chant allemand de Noël le plus connu. Les Anglais, émus, chantent leur version de cette chanson Holy Night. Un soldat allemand sort ensuite de sa tranchée avec un sapin dans les mains, et invite les Britanniques à le rejoindre sur le No Man’s Land pour qu’ils puissent, tous ensemble, fêter le réveillon, ce qu’ils ne purent refuser. Ainsi, ces soldats qui, d’habitude, passent leurs journées à se tirer dessus, apprennent pour une fois à se connaitre sans animosité, à partager, à devenir amis.  

La fraternisation va même plus loin. Chaque camp est autorisé à offrir une sépulture digne aux camarades tombés au combat. On s’offre des cadeaux, des chocolats, des bouteilles d’alcool. On organise même un match de football Royaume-Uni/Allemagne en plein milieu du No Man’s Land. On prévient son nouvel ami anglais que l’artillerie allemande va bientôt pilonner sa tranchée, politesse rendue par John envers Frantz. On décide même de faire perdurer le cessezlefeu jusqu’au nouvel an.  

Il est maintenant avéré, par des recoupements de différents témoignaged’époque, que ce genre de trêves de Noël ont traversé la Première Guerre mondiale, dans toute l’Europe, transcendant les nationalités. Loin de moi l’idée d’user d’un relativisme désagréable pour minorer la gravité des évènements que nous vivons actuellement. J’aimerais seulement vous transmettre la magie et l’amour qui émane de Noël, que ni une guerre mondiale, ni une pandémie ne peuvent véritablement endiguer. Je vous souhaite, donc, à vous tous, le plus beau Noël du monde, entouré de vos proches, en vous assurant d’être assez éloignés à table, et d’être d’autant plus proches dans le cœur

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