Alors qu’en 2018 84% des Français estimaient que l’immigration était un sujet controversé (Statista, 2021), il convient tout d’abord de définir les termes de ce dernier afin de l’aborder en toute neutralitéétape préliminaire essentielle à la formation de tout avis critique construit concernant un sujet qui fait couler de nous jours beaucoup d’encre. 

 

Qu’est-ce-que l’immigration ? Qu’est-ce qu’une personne immigrée ? Tant de questions auxquelles plusieurs réponses peuvent être apportées. En effet, les instituts et les organisations qui se chargent, entre autres, de mesurer l’immigration en France, n’adhèrent pas à une seule et même définition. Par exemple, il faut bien avoir en tête que l’ONU ne retient pas la même définition du mot « immigré » que l’INSEE : pour l’ONU, une personne immigrée est « une personne née dans un autre pays que celui où elle réside »; alors que pour l’INSEE, une personne immigrée est « une personne née étrangère à l’étranger »L’INSEE ajoute à la définition retenue par l’ONU la question de la nationalité à la naissance. Un critère supplémentaire donc, ce qui explique que les chiffres de l’immigration en France donnés par l’ONU soient toujours supérieurs d’un million ou deux par rapport à ceux fournis par l’INSEE. Pour la suite, on gardera donc la définition de l’INSEE, puisque tous les chiffres qui seront cités correspondent à cette définition.  

 

Depuis le milieu du 19ème siècle, la France a connu différentes vagues d’immigration massive ainsi que des périodes à l’inverse bien plus calmes, mais depuis 1946, le nombre d’immigrés en France ne cesse d’augmenter, tout comme leur part dans la population totale. Selon les derniers chiffres complets et définitifs fournis par l’INSEE, la France comptait en 2019 6,7 millions d’immigrés, soit presque 10% de la population française. Il faut évidemment faire la distinction entre un immigré et un étranger : un étranger est simplement une personne n’ayant pas la nationalité française. Un immigré peut très bien acquérir la nationalité française, mais il peut également être un immigré étranger en conservant seulement sa nationalité étrangère de naissance. Toujours selon l’INSEE, la population étrangère vivant en France en 2019 s’élève à 4,9 millions de personnes, soit environ 7,4% de la population totale. Et parmi ces étrangers, 4,2 millions sont des immigrés qui n’ont pas acquis la nationalité française.  

 

Alors qu’il y a encore quelques dizaines d’années la population immigrée était essentiellement européenne (Espagne, Portugal, Europe de l’Est), aujourd’hui les immigrés arrivent en grande majorité du continent africain en 2019, 46,5% des immigrés vivant en France viennent d’Afrique, contre 33,3% d’immigrés provenant de pays européens (INSEE). Si on détaille un peu plus les principales origines géographiques des immigrés en France, on constate que ces derniers proviennent principalement de pays maghrébins tels que l’Algérie (12,6% des immigrés) ou le Maroc (12%). Les pays européens tels que le Portugal ou l’Espagne, anciennement les principales origines géographiques des immigrés français, sont bien derrière avec des taux de respectivement 9% et 3,6%. 

 

D’autres chiffres concernant l’immigration apparaissent souvent lors de différents débats : il s’agit de ceux concernant la population issue de l’immigration, c’est-à-dire les personnes qui sont nées en France et qui ont au moins un de leurs parents avec la nationalité française. On est alors confronté à des chiffres bien plus importants car viennent s’ajouter aux immigrés française leurs enfants, et plus on compte de générations différentes, plus ces chiffres sont importants. On arrive alors à 14 millions de personnes issues de l’immigration (sur 2 générations) en France en 2018, soit à peu près 21% de la population totale. Cette importance numérique de la population issue de l’immigration est une particularité très française, au moins au niveau européen. En effet, on observe en France une longue infusion de l’immigration, c’est-à-dire que les immigrés arrivent en France et y restent pour la vie. Leurs enfants naissent en France et ces derniers auront ensuite leur propre descendance qui naîtra en France et ainsi de suite. 

 

Enfin, il reste à mesurer l’immigration clandestine mais malheureusement cette dernière est extrêmement difficile à quantifier avec justesse. Toutefois, on est aujourd’hui capable d’estimer leur nombre en France : Patrick Stefanini, ancien secrétaire général du Ministère de l’immigration, estime à environ 900 000 le nombre d’immigrés clandestins qui séjourneraient aujourd’hui sur le territoire français. Fait intéressant à noter, la grande majorité de ces immigrés clandestins arrivent sur notre sol par des voies purement légales : ils se voient par exemple octroyer des visas de court séjour, mais une fois le délai dépassé, ils ne repartent pas et restent illégalement sur le territoire 

 

Nous voilà mieux renseignés sur les réalités de ce phénomène en France, nous sommes parés à dépasser l’étude factuelle et impersonnelle pour plonger dans une réflexion bien plus personnelle et structurante sur un sujet qui sera central dans les années à venir et dont il serait bon de se faire une opinion solide. 

 

-Mattéo Bernard 

 

 

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