« Les femmes parlent de plus en plus », affirme Emmanuelle PIET, présidente du Collectif contre le Viol

Une hausse des plaintes pour viols et agressions sexuelles.

En octobre 2017, à la suite de l’affaire Harvey WEINSTEIN, un mouvement refait surface : le mouvement MeToo. Pour celles et ceux qui pensaient que la libération de la parole des victimes d’agressions sexuelles a été initié en 2017 par Alyssa Milano, c’est partiellement faux. Partiellement, parce que le mouvement MeToo n’a pas été créé en 2017, mais bien dix ans auparavant, par la militante américaine Tarana BURKE. Je vous dis cela, parce qu’il est faux de dire que la parole a commencé à se libérer après le #MeToo de 2017. C’était le cas avant, sauf qu’on n’écoutait beaucoup moins ce qu’avait à dire les victimes.

Aujourd’hui, vous avez sans doute remarqué qu’entre deux conférences de presse de Jean CASTEX, un nouveau scandale émerge. Pour celles et ceux qui pensaient que la « hype » du #MeToo était en train de disparaître, j’ai le regret de vous annoncer qu’on est loin d’en avoir fini avec tout cela, et que ce n’est que le début. Vous avez sans doute été très déçus qu’on « s’attaque » à des Gérard DEPARDIEU ou encore à des PPDA (Patrick Poivre-d’Arvor), mais les langues se délient. Certes, il est extrêmement difficile d’en parler, d’accuser son ou ses agresseurs, et de faire face aux conséquences que cela aura sur sa carrière et sa vie quotidienne, mais un grand nombre de femmes – et d’hommes dans certains cas – se sentent rassurer de voir une personnalité publique dénoncer cela, ou même, de faire part de leur(s) expérience(s) traumatisante(s).

#Sciencesporcs : le début de la fin pour la culture du viol dans les grandes écoles ?

Et parmi ces « tendances », il y en a une qui nous concerne plus que les autres : #SciencesPorcs. Les étudiantes des IEP ont dû sortir cet hashtag pour que la question des violences sexuelles dans les grandes écoles soit de nouveau à l’ordre du jour.
Le 8 février, ce sont des centaines de témoignages troublants qui ont secoué les réseaux sociaux. Des faits qui montrent non seulement la violence des actes endurés par ces étudiantes, mais aussi la violence psychologique que ces dernières ont dû subir, la « complicité » de celles et ceux qui ont répondu ne rien pouvoir faire à ces appels à l’aide.
Est-ce une nouvelle page qui se tourne dans le monde des grandes écoles et dans notre société en général ? Je l’espère. Mais j’ai bien peur qu’il nous reste encore quelques hashtags à expérimenter avant d’avoir les pieds sur terre.

Un changement de mentalité doit s’opérer.

Certains d’entre nous vont se demander pourquoi est-ce qu’elles sortent cela maintenant ; pourquoi ne pas porter plainte directement. Pourquoi ? Peut-être faudrait-il leur demander avant d’apporter un quelconque jugement, ou pire, de les accuser de diffamation. Certaines d’entre elles ont ce sentiment que rien ne sera fait pour elles, que notre système protège les agresseurs. À quoi bon prendre le risque de parler si rien ne sera fait par la suite ? Souvenez-vous de l’affaire DSK et des qualificatifs horribles qu’on a prêtés à Mme DIALLO. On l’avait accusée de vouloir faire cela pour l’argent de DSK. On l’avait traitée de tous les noms – sans parler des insultes racistes que Mme DIALLO a reçues. La souffrance est déjà assez grande pour endurer de telles choses.

Malgré tout cela, on enregistre une hausse des plaintes, qui n’est pas due à une augmentation des violences faites aux femmes – bien que le confinement ait eu ses conséquences là-dessus. Non, la parole se libère. Elle se libère même de plus en plus. Certaines d’entre elles n’en ont plus honte, ne veulent plus se sentir sales. J’espère vivre dans un monde où une femme n’a pas peur de prendre la parole et de dénoncer son collègue, un inconnu, un membre de sa famille ou une personnalité publique. J’espère vivre dans un monde où on ne salira pas une personne qui ose vouloir que justice soit faite. J’espère vivre dans un monde où il ne faudra plus attendre qu’un hashtag sorte pour commencer à s’intéresser à ces problématiques.
Alors, pour celles et ceux qui pensent que certaines femmes « surfent » sur une tendance, merci d’éviter de polluer les débats publics : tous les mots du monde ne suffiraient pas à vous faire entendre raison.

-Ayoub El Khaoulani

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