Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Européens ont eu pour motivation d’affronter ensemble et de traiter l’ensemble des crises qui se sont dressées devant euxLe sens de ce qui est aujourd’hui l’Union Européenne a toujours été d’unifier le Vieux Continent par le biais de décisions et de politiques communes, afin de favoriser l’interdépendance des pays membres, et donc d’éviter une nouvelle guerre. Si cet effort a atteint depuis 1945 son objectif premier, il s’avère être un inconvénient majeur face à des crises brusques globalisées qui suscitent des divisions importantes entre les pays. Ainsi, la question migratoire ne pouvant pas être plus une source de discorde parmi la population qu’aujourd’hui, et cela depuis le début du vingtième siècle, il est impossible d’imaginer l’UE compétente lorsque qu’une vague de crises politiques étrangères amènent à des vagues massives d’immigration en direction de l’Europe. 

Revenons donc sur le fiasco de la gestion migratoire de l’UE. Tout d’abord, il faut savoir que la politique migratoire de l’Union Européenne a été définie entre 2003 et 2013 par la deuxième version du Règlement de Dublin. Ce règlement stipulait que tout migrant arrivant dans l’Union Européenne se devait de postuler pour le statut de demandeur d’asile dans son pays d’arrivée. Cette position irréfléchie, complètement inégalitaire, mettant une pression forte sur les pays frontaliers du Sud, a été justifiée pour contrer les pratiques de l’asylum shoppingEn 2013, ce même règlement a été modifié face aux vagues grandissantes d’immigration venant des pays du Sud, écrasant encore plus la responsabilité sur les pays du Sud.  

Si un migrant arrive en Italie depuis son pays d’origine et qu’il est interpellé, il se devra de formuler un souhait de droit d’asile auprès des autorités, une procédure qui dure en moyenne un an et demi. Durant ce temps, ce réfugié ne peut quitter légalement le territoire italien pour se rendre dans un autre pays européen, et s’il le fait quand même, il se trouvera alors en situation d’illégalité. Si jamais cette personne est arrêtée dans un pays autre que le pays dans lequel il a formulé sa demande d’asile, il y sera reconduit par les autorités du pays dans lequel il a été arrêté. Cette manipulation légale permet encore aujourd’hui aux pays non frontaliers de ne pas prendre de responsabilités d’accueil face aux masses de migrants aux frontières de l’Europe. Ce règlement a été adopté sachant bien que la majorité des réfugiés arrivant en Europe espèrent rejoindre les pays du Nord comme le Royaume-Uni, l’Allemagne ou les pays baltes. 

Aujourd’hui encore, malgré les nombreuses critiques, le débat reste bloqué entre deux camps inconciliables : d’un côté les pays comme ceux du groupe de Visegrad, prônant une solidarité financière avec les pays frontaliers d’accueil tout en s’opposant à une réforme du règlement de Dublin leur demandant des responsabilités d’accueil ; et de l’autre les pays voulant une répartition égale des responsabilités d’accueil comme l’Allemagne ou la France. Si la politique Européenne sur le sujet se trouve être dans un cul-de-sac, des mesures nationales se mettent en place dans les pays membres, montrant les limites politiques de l’Union sur le sujet. 

-Louis Bornet 

 

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