Monument de la littérature française, Jean de la Fontaine (1621-1695) fait partie de ces écrivains du Grand Siècle connus de tous. Membre du cercle littéraire des Chevaliers de la table ronde et de la toute jeune Académie française, il est un poète principalement reconnu pour ses fables inspirées des premiers poètes antiques comme Ésope. Ces dernières sont publiées entre 1668 et 1694 et sont avant tout destinées à la jeunesse française, et plus particulièrement au Grand Dauphin, fils de Louis XIV, dans le but de l’instruire. Cette précision nous permet d’ores et déjà de briser un mythe : La Fontaine ne s’est pas servi des fables pour échapper à la censure que lui aurait imposée le Roi SoleilL’objectif de ses fables était avant tout de transmettre aux enfants une morale, de les éduquer et de les inviter à penser. Et c’est parce que cette transmission devait se faire de la façon la plus efficace et la plus pédagogique possible qu’il a choisi la fable. Toutefois, cette dernière peut se révéler être très efficace pour contourner la censureC’est pourquoi nous pouvons aisément imaginer aujourd’hui un retour de cette écriture allégorique chez certains journalistes et essayistes, mais cette fois bien dans l’objectif d’échapper à la censure. Cette censure, c’est celle de la bienpensance moderne qui présente une aversion étonnante au débat et à la confrontation d’idées et qui conduit souvent au lynchage médiatique grégaire. Nous ne nous étonnerons donc pas lorsque des auteurs et des journalistes se mettront à emprunter à La Fontaine son style intemporel et inimitable en se servant de figures animales anthropomorphes ou bien en ajoutant à la fin de leurs textes des apologues en guise de conclusion. Car La Fontaine c’est aussi cela (si ce n’est surtout) : un moraliste prodiguant des leçons de vie dans chacune de ses fablesIl serait alors dommage de considérer ces dernières comme n’étant que des comptines réservées aux enfants. Je pense que La Fontaine ne devrait pas seulement bercer notre enfance mais toute notre existence car ses fables ont le mérite d’être accessibles à tous, tout en portant en elles une vérité d’une puissance et d’une intemporalité dantesquesNe nous privons pas d’une telle richesse littéraire que nous réserverions à nos enfants, profitons-en nous aussi. Finalement, je crois qu’André Gide (1869-1951) résume à la perfection le génie de La Fontaine lorsqu’il dit ceci : « L’art de La Fontaine est de dire légèrement et comme en se jouant cette accablante vérité que Nietzsche étale avec une pathétique éloquence ». 

 

-Mattéo Bernard

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