La « vie privée » est un concept qui s’oppose à la vie publique, à la vie politique, à la vie en société, en communauté, bref, à la vie ensemble. En effet, de par son étymologie – du latin privatus, séparé de, dépourvu de – la vie privée implique une véritable séparation vis-à-vis de la sphère publique. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’Aristote, dès le IVème siècle avant Jésus-Christ, énonçait deux différentes conceptions de la vie : une fondée sur la vie privée, et l’autre fondée sur la vie publique. Ici nous discuterons plutôt de ce qu’il appelait l’oikos, la vie du foyer, par opposition à la polis, la vie de la cité. 

Il faut noter que notre conception moderne de la vie privée en tant que liberté fondamentale n’a pas toujours été le paradigme en vigueur. Pour illustrer cela, je vais faire appel à un ami, un certain Benjamin Constant, qui prononce en 1819 un discours dont le thème est explicitement donné dans le titre : De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes. Il définit ainsi le concept de liberté à l’époque des Anciens mais aussi à celle des Modernes, et il insiste surtout sur l’incompatibilité de ces deux conceptions. Pour les Anciens, la liberté est assurée par la possibilité qu’ont tous les citoyens de s’engager directement dans la souveraineté de la cité, au détriment de la protection de leur vie privée, complètement envahie par la sphère publique. On change alors radicalement de conception chez les Modernes qui donnent une importance considérable à la protection de la vie privée qui devient, par conséquent, une liberté fondamentale. Elle est d’ailleurs aujourd’hui protégée par le droit international (article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948) mais aussi par le droit national (article 9 du Code civil français). 

Jusqu’à l’avènement des technologies de l’information qui occupent aujourd’hui une place centrale dans nos vies, la protection de la vie privée était nettement plus simple à assurer. Or, depuis que nous partageons une grande partie de notre vie privée sur ces réseaux sociaux dont les politiques de confidentialité restent assez floues, il est devenu nettement plus difficile de conserver une intimité. D’autant plus qu’à ces données privées que nous partageons volontairement, se rajoutent des données qui sont prélevées à notre insu. 

La triste conséquence de tout cela est que, progressivement, la sphère privée perd de son imperméabilité, et la frontière entre sphère privée, sphère publique et même sphère politique s’effaceNul besoin de remonter bien loin dans l’histoire pour s’en assurer : il suffit de rappeler la triste affaire de Benjamin Griveaux qui a été forcé de mettre un terme à sa campagne pour la mairie de Paris en février dernier.  

 

 

-Raphaëlle Renaudin

Share Button